De tout et de rien
"L'épervier de Maheux" de Jean Carrière (Prix Goncourt 1972)
Haut Pays des Cévennes. Quand on atteint le hameau de Maheux, commencent les hautes solitudes : les torrents s'éteignent, les sources se tarissent, un désert de pierres s'étend à l'infini. Les vieux meurent et les fermes sont abandonnées les unes après les autres.
La dernière famille à vivre à Maheux est celle des Reilhan : l'ancien, sa femme, la Juliette, et ses deux fils, Abel, le rustre costaud, et Samuel, le cadet, plus fragile. Le père mourra dans la forêt (on mettra trois jours à retrouver son cadavre), Samuel partira au service du pasteur de Florac et Abel restera seul là-haut, avec sa vieille mère, qui, peu à peu, deviendra folle (de solitude, du sentiment d'avoir raté sa vie, de l'absence de son benjamin)
Abel sera le dernier des derniers dans ces landes arides, seul à piéger les grives ou à tirer le lièvre, seul à glaner les châtaignes ou à couper le bois, seul enfin à défier l'ingratitude du ciel et de la terre, du fond du puits qu'il creuse inlassablement pour faire jaillir une eau qui n'existe plus. Combat perdu d'avance, à l'image de celui qu'il livre à cet épervier entêté dont le tournoiement incessant l'ensorcelle. Abel finira par mourir, vaincu, enseveli dans son puits inachevé.