De tout et de rien
"LE DERNIER DES MOZART" de Jacques Tournier
François-Xavier Mozart est fils du grand Wolfang. Il est né en 1791, année du décès de son père. Musicien lui aussi, mais dépourvu de génie, il essaie, avec grande difficulté, d'exister par lui-même et de s'imposer en tant que créateur, interprète, chef d'orchestre et professeur. Un soir, il l'exprime clairement chez son protecteur, le gouverneur Von Baroni-Cavalcabo : "Quand on est le fils de quelqu'un qui s'est acquis de grands mérites et une illustre gloire et qu'on veut exercer le même métier que lui, le poids de ces mérites et de cette gloire est si lourd à porter que le plus souvent on sucombe." Lucide, il se rend compte qu'il ne parviendra jamais aux performances de son célèbre géniteur.
Il commencera par en vouloir terriblement à son père. Puis, il s'intéressera peu à peu à lui et tentera de reconstituer ce que fut sa vie. Paradoxalement finie dans la misère, puisque Wolfgang fut enterré dans une fosse commune. On apprendra qu'il fut un enfant prodige adulé, un adolescent boutonneux et mal élevé, un jeune compositeuir souvent ravalé chez les Grands au rang de domestique, un musicien sans cesse en quête des quatre sous nécessaires à nourrir sa famille. Mais, tout de même envieux, au seuil de la mort, François-Xavier redira, se retournant sur sa propre vie, son amertume de n'avoir vécu qu'une vie de double médiocre. "Les doubles sont des ombres, des images déformées, celles qui s'allongent avec le soir et que la terre absorbe. Personne en fin de compte."