De tout et de rien
Je me souviens d'un vers d'une chanson de Gilles Servat, qui évoquait avec regret "le cimetière des photos". Jean-Louis Fournier ne serait pas loin de vouloir, lui aussi, déchirer ces clichés anciens qui nous disent la douloureuse fuite du temps. Ecoutons-le :
"Je regarde une vieille photo. J'étais pas mal, avant. J'avais une tête de voleur de poules, avec plein de cheveux noirs. Un jour que je m'ennuyais, j'ai voulu les compter, mais il y en avait trop. Aujourd'hui, il n'en reste qu'un. Mon dernier cheveu noir. Pourquoi, chaque année, je me trouve de moins en moins bien en photo ? Je devrais peut-être changer de photographe, en prendre un plus jeune ? Pourquoi, chaque matin, je me trouve de moins en moins bien dans le miroir ? C'est une vieille glace, il faudrait peut-être en acheter une neuve. Les rides s'allongent, les taches de rouille grandissent, la peau ramollit, elle est pleine de plis, elle pend, je vais me prendre les pieds dedans. Je commence à ressembler à un vieil éléphant. Bientôt, je vais faire peur aux enfants. Je me trouve moche. Peut-être parce que c'est l'hiver ? Mais, si vous passez l'hiver, vous verrez, c'est pareil."