De tout et de rien
Vous souvenez-vous de votre montre de communion ? Jean-Louis Fournier, lui, a gardé la sienne, qui bat le temps sans jamais vouloir s'arrêter et lui rappelle, sans cesse et sans pitié, l'inexorable fuite de la vie.
"J'ai toujours au poignet la montre de ma communion. C'était une montre moderne, maintenant c'est une montre ancienne. J'ai passé ma jeunesse à la regarder, surtout en classe. Je trouvais que la trotteuse n'allait pas assez vite, la grande aiguille était encore plus lente et je ne parle pas de la petite, carrément immobile. J'aurais tout donné pour les accélérer, surtout pendant les cours de maths ... Maintenant, je trouve qu'elles vont trop vite et je donnerais tout pour qu'elles ralentissent. Avant, j'étais impatient de grandir. Alors que j'avais toute la vie devant moi, je voulais tout, tout de suite. Maintenant, je suis beaucoup moins pressé, comme si je pouvais attendre. Avant, je vidais mon verre très vite, je voulais le finir tout de suite, je croyais qu'il y avait une surprise au fond. Je n'ai rien trouvé. Avant, je brûlais ma vie, à feu vif. Maintenant, je laisse mijoter, à feu doux. C'est plus long, mais c'est meilleur."