De tout et de rien
Poème écrit en mémoire de Kaspar Hauser, trouvé, hébété, sur une place de Nuremberg, un jour de 1828, visiblement abandonné, mais dont on devinait qu'il était de noble naissance. Où était-il né ? Qui l'avait élevé ? Qui était-il ? Mystère ! En tout cas, il devait gêner, puisque après plusieurs tentatives avortées, il fut tragiquement assassiné dans un jardin public, une nuit de 1833.
Gaspard Hauser chante
Je suis venu, calme orphelin,
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m'ont pas trouvé malin.
A vingt ans, un trouble nouveau,
Sous le nom d'amoureuses flammes,
M'a fait trouver belles les femmes :
Elle ne m'ont pas trouvé beau.
Bien que sans patrie et sans roi,
Et très brave ne l'étant guère,
J'ai voulu mourir à la guerre :
La mort n'a pas voulu de moi.
Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu'est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard !
Paul Verlaine.