De tout et de rien
Jacques est mort. C'était mon ami. On l'appelait le Gitan, parce qu'il était "typé", comme on dit par ici. Il venait d'atteindre ses soixante-dix-sept ans et avait donc eu, selon les statistiques, sa part de vie. Mais, on a beau dire, on ne se fait jamais à la disparition des gens qu'on aime. En tout cas, celui qui, demain, fera son éloge funèbre sera sûrement bien embarrassé. Jacques a vécu une vie sans heurts, sans faits marquants, sans accidents, sans événements majeurs. Une vie humble et toute simple, consacrée au travail, à la famille, aux copains. Il était toujours souriant et de bonne humeur, n'élevant jamais la voix, disponible, sans cesse prêt à rendre service. Une vie loin du tintamarre, du bruit et du m'as-tu-vu. Loin aussi du gris uniforme qu'on pourrait évoquer à son propos, lumineuse parce que pétrie d'humanité, d'amitiés partagées, de joies données et d'attention à l'autre. Je suis triste. Me reviennent à l'esprit les paroles et l'air de la chanson d'un autre Jacques, Jacques Brel, "Adieu l'Emile, je t'aimais bien, tu sais." Allez, Flo, la vie continue. Et je suis sûr qu'il n'aurait pas aimé que tu te fasses du souci pour lui ...