Elle était tout en rouge et se donnait la voix d'Edith Piaf. Avec un certain succès, je l'avoue. Je l'écoutais distrait cependant, quand elle s'est mise à chanter "Sa jeunesse", la célèbre chanson d'Aznavour. J'ai levé le nez, cherchant à voir dans son oeil s'il n'y avait pas un quart de poil d'ironie. Il n'y avait sur la piste de danse que des vieux ! Je les ai regardés. Et ils avaient bien l'air de ce qu'ils étaient : des vieux. Je me suis dit, soudain silencieux, qu'un jour, il y avait longtemps, ils avaient été beaux et jeunes. Somptueuse jeunesse, qu'il faut peu à peu quitter, insensiblement et sans retour possible ! Et qu'on ne me dise pas que cela ne nous fait rien ! Ce qui me rappelle, au passage, ce mot de ma douce : "Un jour, quand le trop tard sera là, je cacherai tous les miroirs !" Par bonheur et Dieu merci, le tard n'est pas encore tout à fait là ! Mais, bon, si la vieillesse et son vilain cortège voulaient bien nous oublier encore un moment, ce serait bien ...