De tout et de rien
Photo "Le blog de Paris" (parisii.fr)
Allégresse. "Il y avait quelque chose dans l'air ce matin-là. Ca ne s'explique pas. Ca vient deux fois par an, peut-être, au début du printemps souvent et quelquefois à la fin de l'automne. Le ciel d'avril était léger, un peu laiteux, rien d'extraordinaire. Les marronniers ne déployaient qu'avec parcimonie leurs premières feuilles sucrées. Mais elle l'avait senti, dès les premiers pas sur le trottoir, avant même d'enfourcher sa bicyclette. Une allégresse. Pas le jaillissement de la joie. D'ailleurs, ça ne venait pas d'elle. Les kiosques à journaux, les bus, les bancs, et même l'éclat presque framboise du feu rouge, à l'angle du Boul'Mich : tout vibrait d'une satisfaction légère.
C'était bon de pédaler sans cette affectation de volupté cyclopédique qu'affichent souvent trop ostensiblement les citadines déhanchées sur leur selle. Non, ça venait de l'intérieur, et c'était à tenir là, mezza voce, cette sensation précieuse que tout était juste, et qu'elle bougeait simplement en harmonie en cet accord. En descendant de sa bicyclette, en s'accroupissant pour attacher l'antivol à la grille du marronnier, elle s'arrêta un instant pour regarder à ses pieds le reflet du soleil sur la plaque de métal. Comme s'il y avait un secret là, dans cette humilité de la grille adoucie par le passage de tant de pas, et qu'un éclat de lumière attiédissait. Les choses ont du bonheur, parfois de l'allégresse."