De tout et de rien
La mort escamotée
J'entends le glas qui tinte, quelqu'un vient de mourir. Je lève un instant les yeux de mon livre. La mort. Comment scotomiser cette angoisse qui nous étreint, qui nous rappelle la certitude de notre propre disparition, inéluctable ? La mort est aujourd'hui devenue sujet tabou. Elle nous effraie. On l'occulte, au point de faire disparaître le mort lui-même, qu'on se presse de faire transporter au funerarium.
Autrefois, la mort faisait moins peur. On vivait avec elle et on ne craignait pas de l'affronter. Et, lorsque l'un des siens passait de vie à trépas, on le veillait à la maison, souvent après l'avoir accompagné dans son agonie. Les voisins, les parents, les amis, tous se réunissaient autour de la dépouille du défunt. Et c'était l'occasion d'évoquer sa vie une dernière fois, avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses peines, ce qui avait fait le tissu de son existence. Quelque part, on continuait de lui donner vie. Aujourd'hui on se dépêche de tout effacer. Dommage !