De tout et de rien
"Nos tantes d'Avallon" de Jean Fougère
Mlle Duplessis vient de mourir. Son neveu, que la vieille dame a élevé, égrenne ses souvenirs et se demande, mélancolique, combien de temps durera sa mémoire, un passé qu'il voudrait tant voir perdurer. "Dans sa maison même, rien n'a encore changé. Son manteau, son chapeau gardent leur forme humaine là où elle les a suspendus. Son petit univers d'humbles choses posées sur des meubles usés va rester quelque temps inchangé, comme à sa dévotion. Elle avait raison de dire qu'elle s'attachait."
C'est aussi pour lui l'occasion de s'interroger sur la fuite du temps. "Parfois vous rêvez au destin d'aïeux disparus et que vous n'avez pas connus. Ceux que vous auriez pu questionner sur eux sont également partis. Il ne vous reste entre les mains qu'un portrait, une photo à demi effacée, trouvée par hasard. L'ignorance vous oblige à rester indifférent. Et ce sont les tantes qui récoltent votre pitié. S'éloignant déjà de vous, elles sont encore mêlées à votre vie. Les miroirs devant lesquels elles glissent silencieusement ne reflètent pas que leur image archaïque. La vôtre est proche, un peu trouble et tremblante, qui, n'en doutez pas, se démode aussi chaque jour et sur laquelle vous ne vous attendrissez pas moins."